
Les régimes de retraite jouent un rôle économique important en versant des milliards de dollars annuellement aux rentiers, qui les dépensent ensuite dans l’économie. Les entreprises offrant des produits et services achètent à leur tour des produits et des services auprès de différents fournisseurs, qui font de même à leurs propres fournisseurs, etc. Les rentes ont ainsi un effet multiplicateur sur l’économie.
Cet effet peut être évalué grâce à des modèles économiques qui fournissent des informations précieuses sur le nombre d’emplois créés, l’augmentation du PIB, les secteurs industriels ou géographiques principalement touchés, les revenus fiscaux, etc.
À l’échelle du Canada, les régimes du secteur public des provinces généraient 21 milliards de dollars de revenu en 2021 pour les gouvernements fédéral et provinciaux, selon une étude du Canadian Centre for Economic Analysis. Ils supportaient 877 100 emplois en 2021 et contribuaient à 3,6 % du PIB du Canada. Autant dire que ces régimes pèsent lourd dans la balance. Et ces données n’incluent pas les régimes de retraite du secteur privé. Les Canadiens sont très conscients du lien entre régimes de retraite et économie. Selon un sondage du Healthcare of Ontario Pension Plan, plus des trois quarts des Canadiens affirment que les rentes accumulées aujourd’hui par les personnes salariées seront le moteur de l’économie de demain et que, sans régimes de qualité, l’économie en pâtira.
Les milieux de travail où des régimes de retraite sont offerts aux membres du personnel voient en outre leur productivité augmenter. La majorité des travailleurs qui bénéficient d’un régime de retraite rapportent en effet que celui-ci augmente leur productivité au travail. La perception est similaire chez les employeurs puisque ceux qui offrent des avantages sociaux relatifs à la retraite sont plus nombreux que ceux qui n’en offrent pas à relever que la productivité s’améliore. Ceci dit, tous les types de régimes ne sont pas égaux quand il est question d’amélioration de la productivité. Les milieux de travail qui offrent des régimes de meilleure qualité sont ceux qui ont vu leur productivité la plus augmenter au courant de la pandémie, même si d’autres paramètres des milieux de travail pourraient contribuer à expliquer cette situation.
Le RRQ, une injection d’argent dans l’économie
En versant des prestations à leurs bénéficiaires, le Régime de rentes du Québec (RRQ) et le Régime de pensions du Canada (RPC) viennent eux aussi créer des emplois grâce à la consommation des prestataires, augmentent le PIB et engendrent des recettes fiscales pour les différents paliers de gouvernement. Selon la dernière évaluation actuarielle du RRQ, c’est en 2024 que le régime de base versera plus d’argent en prestations qu’il n’en retire sous forme de cotisations. C’est-à-dire qu’à partir de cette année, et pour toutes les années après, le RRQ constituera une injection nette d’argent dans l’économie du Québec.
Par exemple, en 2029, les sorties de fonds du RRQ de base seront supérieures aux cotisations d’environ deux milliards de dollars. Le même point de bascule sera atteint dans environ trois décennies pour le régime supplémentaire du RRQ. La situation est similaire pour le RPC. Il est important de rappeler que la pérennité de ces régimes est assurée grâce aux rendements réalisés par la réserve. Ceux-ci prendront d’ailleurs une plus grande place dans le financement des régimes dans les prochaines décennies.
Les impacts sociaux des régimes de retraite ne sont pas à prendre à la légère non plus. Les retraités bénéficiant d’un régime à prestations déterminées affichent une meilleure satisfaction envers leur santé, vivent moins de stress, ont plus de loisirs, sont plus engagés dans leur collectivité et demandent moins de soins de santé que les personnes n’ayant pas de régime ou bien un régime à cotisation déterminée. La meilleure satisfaction envers la vie des rentiers de régimes à prestations déterminées peut être quantifiée. En effet, afin d’avoir la même satisfaction envers la vie qu’une personne touchant une rente provenant d’un régime à prestations déterminées, une personne ne recevant pas de rentes aurait besoin d’environ 12 750 dollars par année pour compenser. Ce montant permettrait de combler l’écart en termes de satisfaction envers la vie entre les retraités du secteur public et les retraités ne bénéficiant pas de régimes de retraite, selon les données de certains régimes du secteur public de l’Alberta et du régime ontarien OMERS.
Les caisses de retraite ont aussi des impacts positifs sur le système financier. Les fonds communs de placement, investis par les individus, contribuent à la volatilité des marchés financiers alors que l’investissement inverse au cycle économique des caisses de retraite, qui ont un horizon de placement à très long terme, contribue à la stabilité des marchés financiers. Ce constat vaut autant dans les économies développées que dans celles des pays émergents. Il a été démontré que les plus grandes caisses de retraite canadiennes, y compris la Caisse de dépôt et placement du Québec, contribuent de la même manière à la stabilité du système financier canadien, ce qui permet aussi d’avoir des taux de cotisation plus stables pour les participants.
En bref, les régimes de retraite jouent un rôle important dans l’économie des provinces et du Canada ainsi que sur la stabilité des marchés financiers. Ils ont aussi un impact social non négligeable qui a une valeur. Pour les promoteurs de régimes de retraite et les services de ressources humaines, il peut être intéressant d’avoir conscience des impacts positifs des régimes de retraite sur les entreprises, l’économie et l’ensemble de la société.